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Père Kim en Joong


Né en 1940 (Booyo, Corée du Sud). Formation de peintre à l’école des Beaux-Arts, en Corée. Ses professeurs avaient eux-mêmes été formés par des enseignants japonais, alors promoteurs de l’impressionnisme. « Ma fierté est de ne pas avoir suivi jusqu’au bout cette formation à l’art occidental. » Rejoint l’Europe au cours des années 1960. Fait partie de l’ordre dominicain. Ordination en 1974. Il réalise les vitraux de la cathédrale de la Résurrection d’Évry, entre 1998 et 2000. Narthex, chapelle et baie axiale y déclinent une symbolique de douze couleurs représentant les Apôtres. Ont suivi les réalisations à la chapelle de Perguet de Benodet (Finistère) en 2000, puis entre 2005 et 2006, un ensemble de huit vitraux dans l’église du prieuré de Ganagobie (Alpes-de-Hautes-Provence).

« La cathédrale de Chartres représente pour moi la source d’inspiration spirituelle et artistique ». Le Père Kim en Joong la fréquente depuis une trentaine d’années et son rayonnement lui était déjà connu en Corée. De sa rencontre avec « la splendeur de l’édifice » date la venue de la couleur dans sa peinture (teintée jusque-là d’abstraction lyrique et de lavis orientaux). Grisailles, émaux, céments sont appliqués avec d’épais pinceaux de calligraphe sur du verre float, choisi pour pouvoir « rester à l’essentiel ». « Le vitrail doit répondre à tout ce qui l’entoure, l’architecture, les hommes, la liturgie. »

« Mon ambition est d’exprimer toute la lumière que j’ai reçue de la cathédrale. Je signale qu’elle est pour moi la plus belle cathédrale du monde ; on s’y sent accueilli et je voudrais que mes vitraux soient le signe de cet accueil. »
Le peintre fait part de sa « nostalgie de la simplicité de l’art roman », étant plus réservé à l’égard de l’art gothique en raison de ses démultiplications. « Mes vitraux iront dans le sens de cette simplicité ; ils seront sans figures, aux couleurs très simples, souvent primaires ». Il se réfère à Picasso, le citant en substance : « Il n’y a pas d’abstraction, car on commence forcément par quelque chose », et ne souhaite pas énoncer les thèmes de ses baies, préférant en laisser une lecture ouverte. « Le vitrail doit nous parler sans paroles et s’adresser à la qualité de l’être humain qui veut recevoir la lumière éternelle. »
« Il faut toujours construire l’avenir », l’avenir étant pensé comme celui de l’universel. « Je cherche un langage universel. Le beau réunit ; le rôle de l’art est de retrouver la source de l’unité. Il existe un langage universel des couleurs, dans leur intériorité et leur luminosité, et ceci, particulièrement avec les trois couleurs primaires. Elles suffisent à rendre hommage. »
« Le rouge du manteau de Jessé, est le rouge, symbole de naissance (façade occidentale de la cathédrale de Chartres). Le jaune est celui de la joie qui tend aussi vers la paix, comme le vert. Le bleu, c’est l’Espérance, la chasteté de Marie. » Le peintre cherche les nuances pour éviter toute « vulgarité » dans les rapports de couleur.
La maquette lui sert à fixer un geste ; elle est une simple notation qui ne peut être copiée littéralement, l’acte de peindre étant en principe « une sorte de libération » qui s’opère directement sur le verre. Les éléments secondaires de la peinture sont éliminés progressivement. Les traits de grisaille noire servent ensuite à renforcer les mouvements de la composition qu’il souhaite musicale. Les rythmes du chant grégorien l’ont fortement marqué, et le lien avec le musicien saint Fulbert est pour lui naturel. « La base de mon art tient dans le mouvement et l’élévation. » À propos des baies créées dans la crypte : « Elles sont un hommage à saint Fulbert selon une libre interprétation ». Il choisit le terme d’étendue pour définir son propre message.
« Tout mon art doit être d’aller des ténèbres à la lumière. Le vitrail est l’œil d’une église, celui-ci doit être vigilant et transmettre la lumière. » Le peintre évoque « cette force intérieure qui le pousse et exige une communion entre la tête et les mains », condition nécessaire pour peindre. « Les artistes et les religieux se doivent de répondre aux besoins spirituels de la société, à ses manques et interrogations, et de combattre en premier lieu la démagogie. »

À propos du projet de vitraux de Saint-Julien de Brioude (Haute-Loire), en 2006-2007 :
« J’ai souhaité le mariage entre l’édifice, la couleur des pierres et l’intégration des vitraux anciens en place. Les vitraux doivent s’intégrer à l’architecture et réaliser un équilibre. Quel contraste entre la soumission des artisans du moyen âge et la liberté totale que revendiquent ceux d’aujourd’hui ! Chaque baie porte un signe qui lui est propre, liant à la fois l’historique de l’édifice, le respect des Écritures et de la tradition ecclésiale. » Il a intégré dans le programme la dimension typologique chartraine des quatre grands prophètes et évangélistes. « Les vitraux doivent faire chanter les pierres, je voudrais qu’ils soient un Benedictus et Magnificat continuels. »

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