L'État, l'Église et les artistes pour une même quête de l'Esprit
L'État et l'Église : des relations subtiles
L'État intervient donc au premier chef dans les édifices qui lui appartiennent, principalement des cathédrales, mais aussi quelques autres églises désaffectées ou, parfois encore, réaffectées. L'État intervient aussi plus ou moins directement dans des sites qui ne relèvent pas de sa compétence immédiate... Autant dire que les situations sont multiples, typiquement françaises sans équivalent avec les autres pays de l’Europe. Pour la clarté du propos, nous en resterons au fait que l’État entend promouvoir la création d’œuvres d’art dans des édifices dont il n’a pas l’usage.En tant que propriétaire, l’État aurait pu se contenter d’une intervention minimale pour assurer le clos et le couvert. Mais loin de se cantonner dans la seule position de sauvegarde, l’État a initié des programmes d’envergure sans précédent, dans le but affiché de favoriser la promotion des artistes contemporains. Il y a d’ailleurs une évolution entre les chantiers des années 50/75 et ceux des vingt-cinq dernières années, entre les initiatives de l’administration des directions régionales de la Culture, qui ont surtout mobilisé les ateliers de maîtres-verriers, et les interventions plus récentes de l’État qui font d’abord appel à des artistes : ceux-ci se mettent ensuite en relation avec des ateliers. Le primat de la technique, suffisante pour assurer un entretien de qualité du bâtiment (à Beauvais, au Havre, à Saint-Jean de Lyon, à Saint-Brieuc, à Moulins, etc.), a été relayé ces dernières années par la recherche d’un geste artistique assumé par des artistes reconnus.
C’est donc dans ce climat paradoxal de tradition et de modernité que l’État décide de l’attribution des crédits, cherchant à explorer les deux voies sans discrimination a priori. Et l’on voit couramment la poursuite par les uns des programmes décidés par les autres.
Les deux arguments, avancés par l’État, des obligations du propriétaire et de la valorisation du travail des artistes, ont pour effet de mettre au second plan la destination religieuse des différents programmes conçus pour les cathédrales ou plus largement pour les églises d’avant la loi de 1905. Il n’en demeure pas moins que les réalisations implantées dans une église profitent à l’église/Église. L’État ne peut d’aucune manière contribuer au développement de la religion, voire de l’art sacré dans la mesure où le sacré suppose une démarche religieuse. L’intervention publique se justifie donc a priori et a posteriori dans la pertinence de l’argumentation énoncée plus haut. Il est évident qu’une telle ligne de partage entre les intérêts de l’État et ceux de l’Église est subtile, mais possible au regard de la loi et des intentions de la République. On est loin des procédures originelles où l’Église décidait seule des œuvres d’art. Et si, historiquement, l’Église a joué un rôle de premier plan dans le développement artistique, elle se trouve aujourd’hui dans une situation de dépendance économique qui l’empêcherait de toutes façons de faire face à l’ensemble des exigences d’entretien et de restauration de toutes les églises de France.
Est-ce à dire que l’Église se cantonne dans un rôle passif de bénéficiaire des seules initiatives de la collectivité ? On pourrait le penser si on en reste à l’impression que l’Église a donnée, parfois, de se désintéresser de l’art pour se polariser davantage sur des orientations pastorales spécifiques. De fait, dans les chantiers les plus récents, initiés par l’État, l’Église est peu intervenue, que ce soit pour le choix des artistes ou pour les thématiques. On connaît un artiste refusé à Nevers, mais pas de préférences marquées quand l’État avait l’initiative. Il est vrai que l’État n’a pas cherché à associer l’Église dans ses choix. La réception des œuvres n’a pas non plus soulevé de problèmes particuliers, et globalement tout le monde semble se satisfaire des résultats.
Cet investissement est en fait à double détente : non seulement maintenir la capacité de la création en France à un haut niveau d’exemplarité, mais aussi, plus subtilement, diffuser à grande échelle les références culturelles de la modernité. La cathédrale est un lieu ouvert au plus grand nombre, sans condition particulière d’accès : l’installation d’œuvres d’art dans un tel site bénéficie automatiquement d’une publicité implicite importante. L’État est-il devenu « le principal recours de l’art sacré », comme l’annonce François Barré dès l’ouverture de la rétrospective des Architectures de lumière ? Sans doute, encore qu’il faille nuancer le propos en ne sous-estimant pas les autres commanditaires de l’art sacré, ecclésiaux ou privés. Mais l’objectif est-il d’abord de sauver l’art sacré ou d’installer les nouveaux repères d’une culture qui fonctionne comme la matrice d’une société en gestation ? La commande publique valorise les créations contemporaines en fonction de critères esthétiques et politiques à la fois. Dans le cadre de la Cinquième République, le ministère de la Culture, depuis André Malraux, promeut une intervention de l’État qui va dans le sens d’une inscription de la modernité au cœur du pays, sans pour autant oublier les nécessités de la conservation du patrimoine. Claude Mollard a bien montré, à propos du Centre Pompidou, que l’investissement culturel public avait des retombées sociétales importantes en donnant aux classes moyennes les moyens d’accéder à la culture de l’élite. Dans cet esprit, l’État ne craint pas de heurter les sensibilités traditionnelles ni de déranger les convenances : on ne s’est pas encore remis de l’installation des colonnes de Buren…
Mais, bon an mal an, le paysage français s’est enrichi de réalisations inédites nombreuses dont on parle abondamment et qui finissent par s’intégrer dans un univers quotidien fait de mutations et d’interrogations. On parle parfois davantage de l’artiste contemporain que du site ancien qui l’accueille. Soulages supplante souvent Conques, mais Soulages s’impose à Conques, au-delà des réticences et tire le lieu, au beau milieu d’un débat passionné, entre modernité et tradition. L’essentiel apparaît alors dans l’alimentation de la confrontation, en elle-même instigatrice d’une problématique qui interdit de faire l’impasse sur la modernité. Pas moins d’ailleurs que de faire l’impasse sur l’héritage des siècles passés. Les services de l’État développent, à l’égard des œuvres héritées de l’histoire, des critères rigoureux de conservation ; les programmes de restauration des vitraux par exemple sont nombreux et n’ont jamais autorisé une quelconque altération de l’héritage, même quand les siècles s’étaient trompés dans la manière de recevoir et de transmettre le patrimoine : on s’est gardé de corrections intempestives par souci de fidélité à l’histoire.
Les deux arguments, avancés par l’État, des obligations du propriétaire et de la valorisation du travail des artistes, ont pour effet de mettre au second plan la destination religieuse des différents programmes conçus pour les cathédrales ou plus largement pour les églises d’avant la loi de 1905. Il n’en demeure pas moins que les réalisations implantées dans une église profitent à l’église/Église. L’État ne peut d’aucune manière contribuer au développement de la religion, voire de l’art sacré dans la mesure où le sacré suppose une démarche religieuse. L’intervention publique se justifie donc a priori et a posteriori dans la pertinence de l’argumentation énoncée plus haut. Il est évident qu’une telle ligne de partage entre les intérêts de l’État et ceux de l’Église est subtile, mais possible au regard de la loi et des intentions de la République. On est loin des procédures originelles où l’Église décidait seule des œuvres d’art. Et si, historiquement, l’Église a joué un rôle de premier plan dans le développement artistique, elle se trouve aujourd’hui dans une situation de dépendance économique qui l’empêcherait de toutes façons de faire face à l’ensemble des exigences d’entretien et de restauration de toutes les églises de France.
Est-ce à dire que l’Église se cantonne dans un rôle passif de bénéficiaire des seules initiatives de la collectivité ? On pourrait le penser si on en reste à l’impression que l’Église a donnée, parfois, de se désintéresser de l’art pour se polariser davantage sur des orientations pastorales spécifiques. De fait, dans les chantiers les plus récents, initiés par l’État, l’Église est peu intervenue, que ce soit pour le choix des artistes ou pour les thématiques. On connaît un artiste refusé à Nevers, mais pas de préférences marquées quand l’État avait l’initiative. Il est vrai que l’État n’a pas cherché à associer l’Église dans ses choix. La réception des œuvres n’a pas non plus soulevé de problèmes particuliers, et globalement tout le monde semble se satisfaire des résultats.











