Sarkis


Sarkis Zabunyan, dit « Sarkis », peintre français, est né à Istanbul en 1938.
Tout jeune, il pratique la peinture qu’il complète par des études d’architecture intérieure à l’académie des Beaux-Arts d’Istanbul.
En 1964, il émigre en France.
Inspiré d’images d’actualité du monde entier, il réalise des peintures et des collages.
L’ensemble de son œuvre est marqué par la lumière, naturelle ou artificielle, l’espace, le monde qu’il ressent comme chaotique et riche.
Sélectionné par concours de la commande publique, il réalise en 2001 cinq vitraux pour le réfectoire de l’abbaye cistercienne de Silvacane, et en 2004 trente-neuf vitraux pour le réfectoire, le dortoir, la salle capitulaire du prieuré cistercien de Saint-Jean-du-Grais.

Réfectoire de l’abbaye de Silvacane - LA ROQUE D’ANTHÉRON (Bouches du Rhône) Ateliers DUCHEMIN à Paris - 2001

Située au bord de la Durance, dans un site marécageux, (silva cana : forêt de roseaux), l’abbaye devenue « bien national » à la Révolution française, est vendue pour être transformée en exploitation agricole.
En 1845, l’église est rachetée par l’État.
En 1945, l’ensemble devient propriété de l’État.
Le réfectoire gothique, reconstruit au XIVe siècle, fait partie du programme de restauration et de création de vitraux.
Sarkis imagine le mobilier, cinq chaises, une par vitrail, et une barre de cristal pour l’ancienne chaire du lecteur, qui, sans fonction liturgique, interprètent l’espace.
Il réalise cinq vitraux qui diffèrent des verrières blanches cisterciennes de l’église, et vont diffuser dans ce réfectoire une lumière blonde, chaleureuse, tout en maintenant, par la transparence du verre, le contact avec l’extérieur, un extérieur qui devient partie prenante du propos de l’artiste.
Les motifs des vitraux sont des empreintes de doigts, les siennes pour la première plaque de verre collée, celles de ses cinq collaborateurs pour la deuxième plaque extérieure. La juxtaposition de ces milliers d’empreintes jaunes rythme les surfaces des baies, révèlent une lumière «aux couleurs de pollen, de miel, de caramel chaud, différente pour chaque vitrail et générant l’impression que les couleurs entrent en ébullition, que les empreintes se gonflent et deviennent pierreries ou légers pétales» (1).
Réalisées par les ateliers Duchemin, les empreintes sont appliquées au jaune d’argent lié à l’huile de lin et broyé à la spatule.
Il semble que l’artiste ait voulu «toucher» du doigt la lumière, marquer « l’empreinte » du XXIe siècle dans la continuité de l’histoire du bâtiment.

(1) Geneviève Breerette dans «Sarkis à Silvacane»

Prieuré de Saint-Jean-du-Grais - AZAY-SUR-CHER (Indre-et-Loire) Ateliers DUCHEMIN à Paris - 2004

Également d’origine cistercienne, le prieuré est rattaché à l’abbaye de Citeaux.
Devenu également bien national à la Révolution, il est vendu et transformé en exploitation agricole. L’église sera démantelée, excepté son clocher d’inspiration orientale.
En 1901, le prieuré est acheté par la famille Darrasse qui le restaure et, en 1920, le fait classer Monument Historique.
Depuis 1999, une association des Amis de Saint-Jean-du-Grais soutient les propriétaires. En 2000, elle sollicite la Fondation de France. C’est ainsi que Sarkis sera sélectionné pour la création des trente-neuf vitraux du réfectoire, du dortoir, de la salle capitulaire.
Comme à Silvacane, d’autres œuvres, sculptures en textile, cloche en cristal, tables sculptures, s’installeront dans l’espace, en écho aux vitraux.
Une symbolique des couleurs correspondra à chacune des salles. Le jaune solaire, qui évoque la lumière du jour, la richesse et la nourriture, pour le réfectoire ; le bleu, qui rappelle la tombée de la nuit, pour le dortoir ; le rouge, qui s’associe à amour et foi, pour la salle capitulaire. Trente-neuf noms de villes, liés à l’histoire religieuse (Jérusalem, Vézelay, Le Caire, Tripoli, Mayence, Rhodes, etc...), feront des apparitions dans les vitraux monochromes, emmenant l’esprit au loin, mais rappelant aussi que ce lieu est «mémoire».

Cette commande, qui ne connaît pas d’équivalent, ouvre de nouvelles perspectives à l’intégration de l’art contemporain dans un monument ancien.

Sarkis n’a pas remodelé le lieu liturgique, mais sa recherche, liée à l’histoire de l’édifice, souligne son approche du sacré : «Chaque vitrail, quand il a atteint son statut d’œuvre, trouve son silence. C’est peut-être ce silence qui donne un caractère sacré». (2)

(2) Propos de l’artiste dans le dossier de présentation «Prieuré de Saint-Jean-du-Grais »