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François Soleille


Né en 1962 à Chartres. La spécificité de François Soleille est de créer son propre verre, le verre organique. Cette matière forme le cœur de ses recherches très élaborées et de son expression. À l’initiative de Gabriel Loire, Guy Soleille – son gendre – a mis au point le verre organique en 1959 à l’orangeraie de l’atelier de Lèves. Guy Soleille fonde ensuite son propre atelier à Argenvilliers au début des années 1970, et son fils François poursuit depuis cette entreprise unique en son genre. Hormis les vitraux, il crée des œuvres d’art sacré (par exemple, le tabernacle de l’église Saint-Pantaléon, Lucé (Eure-et-Loir), 2000), collabore avec des artistes, intervient dans l’architecture d’intérieur et crée du mobilier et des objets de table.

Les principales propriétés du verre organique sont l’autoportance, la résistance, l’isolation phonique et thermique, une transparence optique en forte épaisseur qui n’a pas d’équivalent en dalle de verre minérale, de larges dimensions qui donnent de grands vitraux d’un seul tenant, et aussi, un entretien peu contraignant. Avec le fait qu’on peut le toucher sans crainte, ce sont autant d’atouts pour l’architecture d’intérieur et pour l’espace urbain qui intègrent entre autres abris, cloisons, sols et plafonds de lumière, escaliers de verre…
Les procédés de mise en œuvre et d’application du verre organique et de ses colorants sont lents, très rigoureux et nécessitent une formation de chimiste. Les couleurs sont agencées en pleine pâte, dans la masse du verre coulé dans un cadre. Après le temps de prise où « la matière travaille toute seule », la dalle est passée à l’étuve. Ces dalles peuvent être thermoformées, armées de fibres de verre, ou animées d’inclusions (vitrail à inclusions végétales, Mairie de Merlimont, Pas-de-Calais).
« La recherche de la lumière dans la matière et de la couleur dans la matière » guide chaque réalisation de dalle. Des seize formules référencées, léguées par son père, classées par type (traitements de matière internes ou de surface) et couleurs, François Soleille en a étendu le répertoire jusqu’à plus de quarante. Au départ, son père Guy « a conçu les vitraux pour qu’ils soient colorés », cherchant à travailler la pâte de verre pour retrouver les effets des verres soufflés des XIIe et XIIIe siècles avec leurs aspérités, leurs défauts, ces accidents qui animent leur matière. Il a ainsi réussi à enfermer des bulles d’air au sein des dalles organiques et a nommé cette formule le type cristal. François Soleille a inventé les monochromes, développé les types et les polychromes en combinant transparence et opalescence jusqu’aux effets récents d’albâtre et marbre.
« Le type froissé forme des prismes qui captent et décuplent la lumière, donnant au verre une lumière intérieure particulièrement forte. » Sans obscurcir l’espace, il offre une intimité avec, par endroits, des tonalités très soutenues, bien intégrées dans les édifices religieux, comme à Coueilly, Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), église Notre-Dame-du-Sacré-Coeur, 1997 ; Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), église Notre-Dame-de-Lourdes, 1993 ; Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), église Saint-Patrice, 1998 ; Loyes (Ain), église, 1998.
La matière est animée, ses accidents respectés pour la beauté de leur forme et réutilisés pour une nouvelle œuvre. Les blocs de verres mystérieux aux strates multicolores, issus des égouttoirs, sont conservés.
Les noms de ses couleurs sont empreints de son inspiration la plus forte, celle de la nature qui est couleur. « On ne peut pas se passer de la couleur dans la vie. » Si la cathédrale de Chartres ne constitue pas une référence directe dans son inspiration, l’impression produite par elle est très intériorisée, de son atmosphère sombre où l’enfant peut craindre de s’égarer, à ses grandes clartés subites, porteuses de sens, notamment celles de Notre-Dame-de-la-Belle-Verrière.
Le style des vitraux varie : « répondre à la commande permet de trouver d’autres harmonies ». Les polychromies se retrouvent dans les œuvres chez des particuliers, ou au sein d’églises modernes (église d’Antsibaré, Madagascar, 1993). Les monochromes sont associés dans des compositions d’abstraction géométrique (église Saint-Patrice d’Épinay-sur-Seine, Seine-Saint-Denis), ou encore, d’après des maquettes d’artistes. Les thèmes de création de vitraux sont souvent confiés aux artistes eux-mêmes. Ainsi, pour l’église du Christ Ressuscité (1999), le thème de la Naissance (façade sud) se poursuit jusqu’à celui de la Résurrection (coté nord). Pour la chapelle Notre-Dame-de-Sion (Évry, 2003), il a imaginé l’ensemble des baies du narthex comme un planisphère, et évoqué dans ses verres « le parcours de la vie qui se recoupe, qui se partage, où l’on arrive à avoir le pain de la vie, celui qui fait vivre ».

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