L'État, l'Église et les artistes pour une même quête de l'Esprit

L'État, l'Église et les artistes : une histoire en devenir

La présentation des créations récentes des vitraux des cathédrales, outre le plaisir de s’émerveiller devant tant de créativité dans le domaine du vitrail, est l’occasion d’observer la richesse et la complexité des relations entre l’État, l’Église et les artistes.
La situation légale des cathédrales en France fait que l’État est directement concerné par le devenir de ces monuments dont il est le propriétaire. Ses interventions, en particulier pour favoriser l’installation d’œuvres de renom, sont significatives d’une volonté de développement de la création artistique dans un cadre dont le caractère religieux s’impose jusque dans la définition laïque de la République. Les interférences entre les deux sphères de l’Église et de l’État, de la religion et de la laïcité, du propriétaire et de l’affectataire, sont complexes. Il peut paraître intéressant d’en explorer les subtilités à partir de situations réelles, plus pertinentes à bien des égards que les théories sur le sujet. Cela permettra peut-être de comprendre les raisons qui poussent les uns et les autres à s’engager dans de tels programmes, mais bien plus encore de mettre à jour l’originalité de ces relations qui dessinent les contours d’une histoire en devenir.
En fait la relation se joue à trois puisque les artistes en dernière instance proposent une œuvre qui s’impose à la croisée des intérêts de l’État et de l’Église. Agissant, dans le cas des cathédrales à la demande de l’État, les artistes sont particulièrement sensibles au fait d’installer leur œuvre dans une église, porteuse d’une histoire qui les dépasse. Dans l’impossibilité de s’abstraire d’un système de contraintes établies, les artistes ouvrent des voies inédites par des créations qui porteront longtemps la double marque du profane et du sacré. Les quelques réflexions qui suivent ne prétendent pas épuiser un sujet qui évolue souvent au gré de non-dits prudents, encore moins énoncer des règles qui durciraient une situation invivable si on poussait à bout les logiques antinomiques qui ont présidé à sa naissance. Mais l’observation de ce qui se passe se révèle être un gage d’avancée sur un terrain de rencontres, de dialogues, d’hospitalités réciproques, autant de signes de la véritable création, toujours prophétie d’une réconciliation des divisions ou des catégories stériles.