Le vitrail contemporain

Les artistes et leurs travaux


Saint-Joseph de Pontivy en illustre les conséquences, car, entre les vitraux du choeur et ceux de la nef centrale, il existe un décalage éclatant, alors que dans la nef centrale, les verrières du clair étage et celles des bas-côtés créent une belle harmonie dans un mouvement débordant sur le transept.

Le vitrail contemporain est considéré en France aujourd'hui comme une tâche artistique majeure à accomplir à l'intérieur d'un édifice religieux historique.

Ainsi furent réalisées pour l'église abbatiale de Conques, d'après une maquette de Pierre Soulages et pour celle d'Acey, d'après une maquette de Jean Ricardon, des verrières-grisailles dont le caractère est on ne peut plus différent. Celles de Ricardon, en dépit de leur caractère particulièrement exigeant, sont conçues de façon à être découvertes par le hasard du regard : "Des verrières qui doivent se faire oublier pour donner à l'édifice son caractère sacré, dans la lumière ".

Soulages par contre conçoit ses verrières comme des partenaires à part égale de l'architecture ayant leurs propres droits. Elles sont réalisées avec un verre récemment mis au point, opaque et d'un blanc matériel, contribuant à produire un effet de lumière ambivalent. Des lignes de plombs légèrement incurvées ou horizontales, groupées parallèlement et allant d'un bord à l'autre de la fenêtre, font légèrement vibrer l'enceinte par leur mouvement.

Les fenêtres de Gérard Lardeur, qui sont également faites d'un verre incolore rehaussé seulement par quelques touches infimes de couleur ici et là, sont destinées à l'église Saint-Pierre et Saint-Paul de Langonnet. Le thème retenu est celui de la baie et de son rôle d'intermédiaire entre l'intérieur et l'extérieur. Une profusion de résilles denses ou de grilles épaisses de plombs jouent en contrepoint, et semblent, par un curieux effet de réflexion, sortir de la verticale pour tomber à l'intérieur de l'édifice.

David Rabinowitch, originaire de New York et sculpteur comme Lardeur, s'est vu confier l'aménagement de la totalité de l'intérieur de Notre-Dame-du-Bourg de Digne et conçoit son travail comme un tout intégral. Ses constructions en verres superposés se fondent sur le principe de la transformation de la lumière à travers le "filtre du verre". Les couleurs changent en fonction de la position du spectateur de telle façon que se produit une sorte d'effet cinétique.

Les deux autres ensembles de vitraux, celui d'Emmanuel Chauche dans l'église de Neuville -une composition pittoresque de couleurs sur un fond blanc neutre- et celui de Patrick Ramette dans l'église Saint-Joseph à Pontivy - à forte dominante de verres colorés - sont réalisés avec des techniques déjà établies, et illustrent de manière différente que la tradition artisanale peut parfaitement rimer avec art vivant. Les grandes fenêtres de Gilles Rousvoal réalisées à la grisaille, ainsi que celles de Sylvie Gaudin, richement garnies de peintures différenciées à la grisaille, et finalement celles de Catherine Viollet, dans lesquelles, au milieu d'intenses mouvements colorés s'ouvrent des abîmes de grisailles sombres, accompagnent celles de Patrick Ramette dans l'église Saint-Joseph.

Les verrières de Louis-René Petit dans l'abbaye de Sénanque constituent un monde à part. À l'instar d'une aquarelle, ses délicates études de la lumière en couches de peintures superposées ou juxtaposées aux tons blancs et gris, d'un brun discret et d'un jaune clair, baignent l'édifice dans une atmosphère de permanente créativité.