LES VITRAUX
 
 
Les hasards de l’histoire font qu’à Chartres a été conservé le plus vaste ensemble de vitraux médiévaux au monde, ce qui en fait un lieu d’exception. Son intérêt est multiple: il relève d’abord de l’art, de la beauté des formes, des couleurs, des dessins. Il appartient aussi à l’histoire, car ces milliers d’images livrent le miroir de la société médiévale, ses tensions, ses choix culturels et politiques, sa foi. On y voit l’Église célébrer la liturgie, les chevaliers combattre, les artisans travailler : boulangers et bouchers, cordonniers, changeurs ou drapiers..., c’est tout un monde qui s’affaire sur le chemins, dans les champs, les vignes, les boutiques, les chantiers, les ateliers... On y lit des récits évangéliques, des paraboles traitées en forme d’exposés de théologie, des vies de saints, apôtres, confesseurs ou martyrs, saints des premiers temps ou saints contemporains, histoires anciennes ou inédites. Les murs de la cathédrale se font livre, et le vitrail accompagne la liturgie et la dévotion des pèlerins en exposant la vie des saints à qui tous viennent se confier.
 
Les vitraux de la cathédrale épellent toutes les formes de fenêtres connues à l’époque : des verrières narratives dans les fenêtres basses, aux figures monumentales destinées à être vues de loin, et aux immenses roses des façades, ce sont des projets différents, comme sont différents les styles de tant d’équipes d’artistes et d’artisans venus travailler à ce gigantesque projet. 
 
Les réussites les plus spectaculaires sont sans doute les roses qui ornent les façades des transepts.

Au sud le Christ des derniers temps est acclamé par les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse. La rose est offerte par la puissante famille du comte Dreux. Elle surmonte des fenêtres hautes où les évangélistes sont juchés sur les épaules des prophètes : « comme des nains sur les épaules de géants, ils voient plus loin que ceux qui les portent et sans qui ils ne verraient rien ».
 
Au nord, on célèbre la Vierge entourée des rois de Juda. Là, la pierre s’efface davantage encore devant le verre, et les écoinçons sont eux-mêmes occupés par des verrières où les fleurs de lis de France et les châteaux de Castille rappellent le mécénat de Louis VIII et de la reine Blanche. Des hautes fenêtres - celles qu’ornent les effigies des précurseurs du Christ - à la rose, la paroi n’est plus que verre, et le prudent agencement de petites roses autour d’une grande rose laisse la place à l’explosion lumineuse d’une constellation de médaillons.
 
 
La campagne de restauration entreprise depuis 1986 permet de voir enfin ces scènes dans leur éclat d’origine. L’analyse récente des verres a montré l’excellent état de leur conservation, malgré la fragilité de ce matériau. Très exposé aux dégradations de l’histoire (guerres de religions, mutation du goût, qui a fait remplacer bien des vitraux gothiques par des verres blancs, Révolution) et des intempéries, le vitrail est hélas aujourd’hui la proie d’un danger bien plus terrible : la pollution moderne qui met en péril sa survie.