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Jacques Loire


Né en 1932 à Chartres.
Formation en arts plastiques aux ateliers de la Grande Chaumière et d’André Lhote (Paris) ainsi qu’au vitrail à l’atelier paternel, qu’il rejoint en 1951. Il y construit « l’atelier Boussois » en 1959, destiné au travail de la dalle de verre et met au point avec sa femme Micheline la brique Loire (constituée de dalle de verre et de béton). En 1970, il prend la direction des ateliers, qu’il délègue à ses fils en 1991. Jacques Loire est l’auteur de nombreuses créations de vitraux dans le domaine profane tout au long de sa carrière (vitraux pour universités, écoles, hôpitaux, gares, halls de sociétés, etc.), en dalle de verre et vitraux traditionnels. Il a aussi tenté d’autres formules de montage du verre avec des compositions de dalles de verre posées sur champ (église anglicane Saint-Georges, Paris, 1978), ou de feuilles de verre sur champ collées au silicone (église Sainte-Ève, Dreux (Eure-et-Loir), 2000). Il réalise des sculptures où métal et verre sont associés. Les églises où il intervient sont en large majorité modernes. Fort d’une vie de réalisations dans divers lieux du monde, Jacques Loire aime à rappeler que « les plus beaux projets sont aussi ceux que l’on porte en soi et qui ne sont pas encore aboutis ».

Son amour pour la matière du verre s’est traduit d’abord dans ses compositions de dalles de verre qu’il pratique toujours. Cette technique est par exemple employée quand le besoin d’arrêter le regard sur un mur de verre est nécessaire. Elle exige de « ne pas utiliser le matériau seulement pour lui-même, mais de le laisser s’exprimer tout en le domestiquant ».
Jacques Loire conçoit le vitrail comme « un moyen de se ressourcer ». « Jouer avec la transparence est ce qui m’intéresse, le vitrail n’étant plus conçu seulement comme clôture ». Le graphisme devient alors de première importance pour structurer ces transparences, elles-mêmes enrichies par le choix décisif de plusieurs matières de verres qui sont autant « de peaux différentes », soit des verres soufflés associés à des verres imprimés, de reliefs variés et des verres float. Ainsi, les gammes colorées sont claires, reposant souvent sur des accords de blancs (transparents, translucides), de bleus et de jaunes.
« L’art du vitrail est lié à l’architecture et aux gens. Un lieu public ou un lieu de passage supporte des interventions plus marquées en coloration », tandis que des lieux de vie, sacrés ou profanes, appellent la discrétion, par des vitraux qui puissent être oubliés pour être redécouverts, ou qui « à la limite » ne se remarqueraient pas. Une coloration trop vive s’avère rapidement « invivable ». Éviter l’aveuglement et la lassitude de l’observateur sert l’atmosphère de paix et de sérénité recherchée. « La maquette est une intention, une impression générale et une synthèse de ce que j’ai ressenti. Tout est dit dans la maquette qui intègre les contraintes, contraintes non imposées mais adaptées à ma façon de voir ».
Ces intentions s’illustrent par exemple à la Chapelle-du-Bon-Secours de Lyon (2006-2007) et à l’église Notre-Dame-de-Nazareth de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), inaugurée en septembre 2006. Les verrières hautes situées sous le plafond à caissons développent un jeu graphique, fait de lignes horizontales qui traversent l’ensemble de la composition, formant des sortes de paysages rompus de grands faisceaux obliques ou courbes qui créent des perspectives dans les transparences.
Cette façon d’ouvrir le plan de la verrière est très présente dans les vitraux du hall de la chambre du commerce et de l’industrie de Chartres (2004). On peut y voir de près l’articulation du « graphisme vivant » et de la transparence dominante, qui passe par le travail des épaisseurs et formes des plombs, rigides, souples ou rabotés. Les tons jaunes y évoquent les blés beaucerons.
L’église Notre-Dame-de-la-Pentecôte (La Défense, Paris, 2001) construite dans le cadre des Chantiers du Cardinal, propose un autre défi, celui de faire « un vitrail sans verre », selon l’expression de l’architecte, pour animer le mur de gloire blanc et opaque, vitré en opaline. Jacques Loire réalise une vaste sculpture en tôles épaisses qui prend place derrière l’autel, conçue « comme un graphisme de plombs. Le graphisme rend présent une abstraction symbolique ; ici, il est une évocation de l’Esprit Saint éclairant le monde ».
À vingt ans d’intervalle, cette sculpture fait écho à l’ensemble entièrement transparent de la chapelle du Carmel de Champhol (Eure-et-Loir) en 1979, réalisé ainsi pour intégrer la vue sur le parc où elle est située. C’est sur le graphisme seul que repose la composition de ces vitraux, en verres topaze, formant un jeu minimaliste entre forme et fond, noirs des plombs et vides de la transparence.

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